Choc progressif

…Et me voila donc, un potage de noix tiède devant moi, au milieu des archives médicales et des infirmières qui s’affairent. Un docteur signe un papier et envoie celle qui semble être son auxiliaire chercher quelque chose, mais je ne comprends rien de ce qui se passe…

J’ai mal à la tête, comme si je venais de me réveiller d’un sommeil trop long. Sauf que je ne me souviens pas la dernière fois que j’ai bien dormi. Quasi inconsciemment, je me tâte les bras pour y détecter toute présence de tubes ou autres appareillages dont on accoutre les patients, mais je n’y trouve rien d’hors de l’ordinaire, sinon que j’ai l’impression de m’être fait happé de dos par un taureau tant j’ai mal. Ayant plus ou moins fini d’écouter les déblatérations des gens en uniformes aux couleurs de pastel et en sarraus, mes yeux errent un peu dans la pièce, laquelle ne me dit rien de familier ou de commun.

Alors que l’endroit a des airs de salle de chirurgie, avec ses lumières trop fortes et l’équipement médical qui traine un peu partout, des tables sont mises en plein centre de la pièce qui s’étale sur deux étages. Mais ces tables sont trop bien placées, avec des nappes bourgogne et un pardessus blanc qui créent un quadrillage, une coutellerie pour quatre services déjà posée et des mouchoirs de la même couleur que la nappe debout dans les bols vides. Un type dont je me souviens vaguement du visage danse dans un genre contemporain sur un air qui se veut d’influence arabe, et le personnel féminin semble tout particulièrement apprécier la chose.

Puis je reviens alors à moi, cherchant alors ce qui me distingue de ces étrangers. Un vif coup d’oeil sur mes bras puis sur leurs visages m’indique d’abord que je ne suis pas de la même appartenance génétique. Cette différence s’agrandit d’avantages quand je remarque que malgré que nous soyons tous assis, je regarde même les gens qui sont debout de haut… littéralement. Puis encore je me rends compte que je ne suis pas un patient, mais un invité.

Le docteur à l’autre bout de la table passe alors une remarque à mon adresse, emphasant sur ma non-appartenance à leur groupe, à laquelle, je réponds du mieux que je peux, mais je ne cesse de m’enfarger dans mes mots.

C’est alors enfin que ça me frappe : Je ne suis pas dans le confort de ma province natale, j’en suis à plus de 5000 km, et ces gens ne parlent pas ma langue, donc je baragouine la leur : Je suis au Mexique depuis plus d’une semaine et je me rends enfin compte à quel point je suis différent sur tous les plans…

 

Texte de Guillaume Fraser, inspiré par ses premiers jours au Mexique.

Guillaume à Teotihuacan

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